18.5.11

Un air d'honnête mêre de famille. (une assez brève histoire de cul)

Chaque fois que Sam croisait Anita, elle le rendait complètement fou. Non pas qu’elle eut un air particulièrement aguichant, car ses yeux aussi beaux qu'ils soient, étaient un peu lourds, un peu voilés, comme si elle traversait la vie avec placidité sans trop se poser de questions. Peut-être même était elle un peu bête ?
Elle semblait complètement inconsciente de l’effet qu’elle lui faisait. Elle ne s’arrêtait pas quand il se retournait sur son passage. Elle ne le regardait qu’à peine, pas plus qu’une affiche au mur, ou quelques herbes poussant entre les pavés.
Ou bien masquait elle sous une innocence de façade, cet air d’honnête mère de famille, derrière ce vague sourire de politesse, une insondable perversité, jouant à éveiller le désir de Sam justement en ne lui cédant rien, pas même le hasard d'une oeillade, pas même un discret salut, non, pas même le plus léger signe qui lui aurait fait signifier "je vous ai reconnu" ?

Il se perdait en conjectures mais plus il pensait à elle, avec ses hanches un peu lourdes, avec cet air de rien ,avec cette démarche détendue, parfaitement détendue, comme dégagée de toute pesanteur morale, et plus son désir augmentait.
Bientôt il ne put tout simplement plus la croiser sans bander.

Etait-elle si naïve, lorsqu'elle traversait la rue, pour ne pas se rendre compte qu'elle laissait derrière elle un sillage qui traînait littéralement Sam par le bout du nez ? Un parfum aromatique et sensuel, d'une totale crudité, plus impudique encore que si elle lui avait soudain exhibé son sexe au visage.
Sam faillit même un jour oublier toutes les convenances et la suivre sans réfléchir, il était déjà au bord du trottoir mais un bus passant à vive allure l'avait faite disparaître de sa vue, suffisamment longtemps pour qu'elle eut pris la fuite.

Et puis Sam n'y tint plus : elle l'obsédait désormais continuellement. Il ne pensait qu'à elle. Il la cherchait partout, croyant la reconnaître au détour de chaque rue. Il lui semblait saisir de fugaces bouffées de son parfum comme-si, où qu'il aille, elle l'avait précédé de quelques minutes. Il maigrissait de jour en jour, languissant après un fantasme insaisissable déguisé en bobonne insipide.
Et lorsque ce jour-là, il la vit, de l'autre bout du square, elle était plus désirable que jamais.
et elle leva les yeux vers lui.
et elle le regarda droit dans les yeux.
Sam bondit brusquement. La poignée de sa laisse s'échappa des mains de sa maîtresse : sans perdre de temps il galopa à travers la pelouse, traversa le bac à sable et bondit sur la chienne. Et là, langue pendante, dans un état de béatitude absolue, il la niqua frénétiquement devant tout le monde.

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