Doroglie avait beau vivre dans l'insouciance, les réserves de vivres s'amenuisaient quand même avec régularité. Lorsqu'elle eut léché l'interieur de la dernière boite de corned-beef, elle dut prendre une décision.
"-Toto, il va falloir que nous partions en voyage. Il n'y a plus rien à manger ici."
Elle réunit dans un baluchon ses maigres affaires, à savoir un allume-gaz, deux tampons jex et une photo dédicacée de Daniel Guichard.
"-Allez, Toto ! On y va !" dit elle à son caillou.
Celui-ci ne bougea pas.
"-Oh, vraiment, Toto !" dit Doroglie. "Quelle grosse feignasse tu es !"
Elle ramassa le caillou, et le mit dans son balluchon.Elle enfila ensuite par dessus sa robe usée à la couleur indéfinissable son manteau des Dimanches en épais carton bouilli, puis elle mit les grosses chaussures d'Oncle Henrgly, qu'elle rembourra avec du papier journal, et partit à l'aventure dans la plaine déserte.
Elle marcha au hasard jusqu'à l'épuisement total, puis s'évanouit.
A l'horizon, des nuages noirs s'accumulaient. Soudain, le vent se fit plus vif. On vit au loin des éclairs, puis le tonnerre gronda, et le vent se fit bourrasque, et la bourrasque cyclone, et bientôt c'est un véritable ouragan qui emportait le corps inanimé de la malheureuse Doroglie dans ses turbulences.
Toujours inconsciente, elle était bringuebalée parmi broussailles et détritus, comme une chiffe molle dans une machine à laver en fonction essorage.
Soudain, tout s'arrêta. Doroglie avait atteint l'oeil du cyclone, cette zone centrale réputée pour son absence totale de courant d'air. En conséquence de quoi, brutalement, elle se mit à choir avec célérité.
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